Coalition Avenir Québec
François Legault
20 décembre 2012
Depuis quelques semaines, les interventions se multiplient concernant le projet de mini-centrale hydroélectrique de Val-Jalbert. Certains dénoncent le harnachement de la rivière Ouiatchouan et la destruction d’un site touristique pour produire de l’électricité superflue. D’autres appuient le projet, qui amènera des retombées économiques pour la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Le gouvernement de Pauline Marois a récemment réitéré son appui à la mini-centrale, dont la construction pourrait commencer dès janvier.
Or le projet ne semble pas tenir la route. Le Québec accumule déjà des surplus d’électricité considérables. Nous n’avons donc pas besoin de la centrale de Val-Jalbert pour satisfaire à la demande énergétique. L’électricité qui serait produite à Val-Jalbert n’est pas destinée à l’exportation. Et le projet est foncièrement anti-économique: le prix payé pour l’électricité produite à Val-Jalbert sera vraisemblablement plus élevé que le prix de revente, ce qui engendrera une perte pour Hydro-Québec.
En réalité, le projet de Val-Jalbert est une subvention économique régionale, qui prend la forme d’une centrale hydroélectrique redondante. La Stratégie énergétique du Québec 2006-2015 est d’ailleurs transparente à cet égard: “La justification du programme [de mini-centrales] n’est pas liée au besoin du Québec en électricité, mais plutôt à la volonté gouvernementale de soutenir le développement régional par le biais d’achat d’électricité provenant de projets communautaires.”
L’aberration du projet de Val-Jalbert n’est pas unique. Elle découle de la politique en vigueur, en vertu de laquelle on construit des centrales dont le Québec n’a pas réellement besoin (ni pour sa consommation, ni pour l’exportation) et on subventionne des régions en achetant l’électricité produite. Cette politique est d’autant moins justifiée dans le contexte d’un surplus et d’une chute des prix.
On estime que la construction de la mini-centrale de Val-Jalbert injectera 59$ millions dans la région et créera 164 emplois. Sur 25 ans, on estime qu’Hydro-Québec versera environ 72 millions $ à la région, pour l’achat d’électricité dont la société d’état n’a pas besoin.
La Coalition que je dirige croit au soutien public au développement économique, pour toutes les régions du Québec, incluant évidemment le Saguenay-Lac-St-Jean. J’appuie les élus et les communautés locales qui demandent de l’aide stratégique pour redémarrer leur économie.
Mais pourquoi ne pas appeler un chat un chat? Si l’objectif réel du projet de Val-Jalbert est d’injecter des fonds publics pour relancer l’économie de la région, pourquoi prendre le détour inutile d’une centrale hydroélectrique redondante?
Comme le suggérait récemment M. Olivier Jalbert dans une lettre ouverte publiée dans La Presse, “mieux vaudrait que le gouvernement verse une subvention directe aux partenaires régionaux équivalant à la perte qu’Hydro-Québec aurait encourue en achetant l’électricité. Le coût serait le même pour le trésor québécois, mais le site serait préservé.” Dans la mesure où la subvention soutiendrait des projets ciblés et transformateurs, la suggestion a bien du bon sens.
Il va sans dire que cette approche aurait également le mérite d’être plus transparente, d’éviter qu’Hydro-Québec détourne de ses ressources pour subventionner des centrales déficitaires, et de confier les programmes de développement régional aux ministères compétents.
Pour toutes ces raisons, la Coalition demande au gouvernement de réévaluer rapidement la pertinence du projet de Val-Jalbert, et d’explorer des moyens plus logiques, transparents et responsables d’aider le Saguenay-Lac-St-Jean à relancer son économie via des projets modernes et rentables.
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